Depuis son ascension sur la scène politique américaine, Donald Trump a imposé une vision du monde où il n’existe que deux camps : ceux qui le soutiennent et ceux qui lui sont opposés. Cette logique binaire ne laisse aucune place à la nuance, à l’indépendance ou à la critique objective. Son rapport aux médias en est l’illustration la plus frappante, puisque dans son univers, une presse indépendante est une contradiction en soi. Si un média ne le soutient pas, c’est qu’il est contre lui.
Mais cette vision simpliste ne se limite pas aux médias. Elle s’étend à la politique nationale, aux relations internationales et même à l’économie. Trump a, par ses actions et son discours, mis en lumière une transformation profonde : les États-Unis ne sont plus perçus comme les garants du « monde libre ». La rhétorique manichéenne, autrefois efficace pour asseoir l’hégémonie américaine, est aujourd’hui un frein dans un monde multipolaire où la distinction entre les « gentils » et les « méchants » ne fonctionne plus.
I. L’Indépendance de la Presse n’Existe Pas pour Trump
L’attitude de Donald Trump envers les médias a été marquée par une hostilité constante. Dès sa campagne de 2016, il a popularisé le terme fake news pour désigner toute information critique à son égard. Il ne s’agit pas d’un simple désaccord idéologique avec la presse, mais d’une tentative systématique de la délégitimer.
1. L’ennemi du peuple
Trump a souvent qualifié les journalistes d’ennemis du peuple américain. En 2017, il déclarait lors d’un meeting en Floride :
« Les médias très malhonnêtes – les fake news, comme je les appelle – ce ne sont pas mes ennemis, ce sont les ennemis du peuple. »
Cette déclaration s’inscrit dans une stratégie visant à polariser l’opinion publique : toute information défavorable à Trump est automatiquement classée comme biaisée ou mensongère, ce qui empêche tout débat factuel.
2. Des attaques directes contre les journalistes
Le mandat de Trump a été marqué par des affrontements directs avec des journalistes, allant jusqu’à des exclusions de conférences de presse et des menaces judiciaires.
En novembre 2018, Jim Acosta, journaliste de CNN, a vu son accréditation à la Maison-Blanche révoquée après un échange tendu avec Trump. CNN a poursuivi l’administration en justice et a obtenu gain de cause, forçant la réintégration d’Acosta.
Par ailleurs, Trump n’a pas hésité à attaquer personnellement des journalistes, comme Megyn Kelly de Fox News ou le chroniqueur du New York Times Serge Kovaleski, qu’il a ouvertement moqué pour son handicap.
3. Un contrôle total sur son propre média : Truth Social
Face à une presse qu’il considère comme hostile, Trump a cherché à contourner les médias traditionnels en lançant sa propre plateforme, Truth Social. Là, il peut diffuser sans filtre son message à ses partisans. Voici quelques citations récentes issues de son réseau :
- « Les médias d’extrême gauche mentent et trahissent notre pays. Nous devons nous unir pour rétablir la vérité ! »
- « Les démocrates veulent me faire taire, mais nous n’allons jamais arrêter de dire la vérité sur la corruption des médias. »
Ce contrôle de la narration lui permet d’éviter toute remise en question et d’entretenir une base électorale qui ne s’informe qu’à travers des canaux pro-Trump.
II. Une Vision Manichéenne du Monde : L’Influence de la Religion et de la Culture Américaine
1. Le monde divisé en deux camps
La vision binaire de Trump n’est pas née de nulle part. Elle est profondément ancrée dans la culture américaine, qui, depuis la Seconde Guerre mondiale, s’est perçue comme le leader du « monde libre ».
Cette opposition entre le bien et le mal a été renforcée par des figures historiques comme Ronald Reagan, qui parlait de « l’Empire du mal » en désignant l’Union soviétique. George W. Bush a prolongé cette tradition en évoquant « l’Axe du mal » après le 11 septembre 2001.
Trump, cependant, pousse cette logique à l’extrême : il ne s’agit plus seulement d’une opposition entre États-Unis et adversaires géopolitiques, mais d’une division généralisée entre ceux qui le soutiennent et ceux qui le critiquent.
2. Une influence religieuse omniprésente
La polarisation extrême de Trump rappelle la vision chrétienne évangélique du salut : il n’y a pas de neutralité possible entre Dieu et Satan. Ce schéma est appliqué en politique par les ultra-conservateurs, pour qui tout compromis est une trahison.
Trump a su capitaliser sur cette mentalité en se présentant comme le défenseur du christianisme face à une supposée « guerre contre la religion » menée par les démocrates et les progressistes.
III. Les États-Unis ne Sont Plus le Centre du Monde
1. Un déclin de l’influence américaine
Si Trump a démontré une chose, c’est que le monde ne tourne plus exclusivement autour des États-Unis. Son approche isolationniste a affaibli les alliances traditionnelles, ouvrant la voie à d’autres puissances comme la Chine et l’Europe pour prendre davantage de place sur la scène internationale.
Le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, la guerre commerciale avec la Chine et la remise en question de l’OTAN ont toutes contribué à affaiblir leur leadership.
2. Les entreprises américaines ne sont plus perçues comme un modèle incontesté
L’une des conséquences majeures de cette perte d’influence est que les entreprises américaines ne bénéficient plus du même prestige qu’auparavant.
Il ne faut surtout pas exclure cet élément de l’équation de leur succès. Sans cette image de « gentils », il y a fort à parier que les entreprises américaines auraient beaucoup moins prospérées sur la scène mondiale. Pourquoi, dans le contexte actuel, devrions-nous faire plus confiance à une entreprise comme Meta plutôt qu’à son équivalent Chinois où Russe ?
- Les sanctions contre Huawei n’ont pas empêché la Chine de devenir un acteur incontournable de la tech.
- Les critiques contre TikTok n’ont pas suffi à enrayer sa domination sur les réseaux sociaux.
- Pendant ce temps, les entreprises européennes investissent massivement dans l’IA et les technologies vertes sans dépendre des États-Unis.
La réputation du « monde libre » garantissant un commerce sans entrave s’effrite, et les entreprises américaines doivent désormais faire face à une méfiance similaire à celle qui pesait sur les entreprises russes et chinoises.
3. L’équilibre brisé
Pendant des décennies, les États-Unis ont cultivé leur image de « gentils » de l’histoire. Cela leur a permis d’attirer les investissements, d’inspirer confiance et de dominer économiquement.
Mais la rhétorique agressive de Trump et son mépris des alliances ont changé la donne. Désormais, les États-Unis sont perçus comme un acteur parmi d’autres, non plus comme le garant du monde libre, mais comme un pays qui défend uniquement ses propres intérêts, quitte à écraser ses partenaires.
Il aura fallu plus de 100 ans pour que les USA soient perçus comme étant les « gentils », la nouvelle administration a définitivement brisé cet élan.
Conclusion : L’Amérique a Brisé son Propre Mythe
Donald Trump incarne une vision du monde où l’indépendance est impossible. Pour lui, on ne peut pas être neutre : on doit être loyal ou être un ennemi. Cette logique, appliquée à la presse, à la politique et aux relations internationales, a profondément altéré la perception des États-Unis.
Les Américains ont longtemps cultivé l’idée qu’ils étaient les « bons » face aux « méchants ». Mais cette illusion ne fonctionne plus. Le monde est devenu plus complexe, plus multipolaire, et le modèle américain n’est plus un idéal incontesté.
Trump a sans doute cru qu’en polarisant le débat, il renforcerait la puissance des États-Unis. Mais ce qu’il a réellement démontré, c’est que leur domination n’était pas naturelle : elle était le fruit d’un équilibre longuement construit, que lui-même a contribué à briser.