« Ah… oui, mais ça, c’est ChatGPT qui l’a écrit. »
J’entends cette phrase de plus en plus souvent.
Elle est parfois prononcée sur le ton de la plaisanterie. D’autres fois avec une pointe de mépris. Souvent avec cette idée implicite que le mérite disparaît dès lors qu’une intelligence artificielle a participé à la création.
Comme si l’outil annulait l’intelligence de celui qui l’utilise.
Je pense au contraire que cette réaction nous en dit davantage sur notre rapport aux outils que sur l’intelligence artificielle elle-même.
Une étrange forme de honte
Je remarque un phénomène qui m’interpelle.
Beaucoup de personnes commencent à cacher qu’elles utilisent une IA.
Elles préfèrent dire :
« J’ai écrit ça tout seul. »
Comme si reconnaître l’utilisation d’un assistant revenait à avouer une forme d’incompétence.
Pourquoi ?
Personne n’a honte d’utiliser un correcteur orthographique.
Personne n’a honte d’utiliser Excel plutôt que de faire ses calculs à la main.
Personne n’a honte d’utiliser une calculatrice, un GPS, Photoshop ou une perceuse électrique.
Alors pourquoi cette gêne lorsqu’il s’agit d’intelligence artificielle ?
L’intelligence artificielle ne crée rien toute seule
C’est probablement le plus grand malentendu.
Une IA ne décide de rien.
Elle n’a pas d’intention.
Elle n’a pas de projet.
Elle ne connaît pas vos objectifs.
Elle ne connaît pas votre public.
Elle ne connaît pas votre métier.
Elle ne connaît même pas ce que vous considérez comme une bonne réponse.
Elle attend.
Elle attend que quelqu’un pense.
Puis elle exécute.
La qualité de ce qu’elle produit dépend presque entièrement de la qualité de ce que vous lui fournissez.
Les idées.
Le contexte.
Les contraintes.
Les exemples.
Les corrections.
Les itérations.
Les validations.
Le fact-check.
La structure.
Les nuances.
Tout cela vient de l’humain.
L’IA accélère la production.
Elle ne remplace pas la réflexion.
On confond souvent production et création
Créer un document ne consiste pas uniquement à taper des phrases.
Le véritable travail consiste à répondre à des questions bien plus difficiles.
Que veut-on dire ?
Pourquoi ?
À qui s’adresse-t-on ?
Quel ton adopter ?
Quels arguments développer ?
Quelles objections anticiper ?
Quelle structure sera la plus efficace ?
Quelles informations sont vraies ?
Quelles sources sont fiables ?
Quelle expérience personnelle souhaite-t-on transmettre ?
Toutes ces décisions restent humaines.
L’IA aide à transformer ces décisions en contenu.
Elle ne prend pas ces décisions à votre place.
« Ce n’est pas toi qui l’as fait »
Cette remarque me fait toujours sourire.
Parce qu’elle pourrait s’appliquer à presque tout.
Ce n’est pas toi qui as construit ton ordinateur.
Ce n’est pas toi qui as fabriqué ton clavier.
Ce n’est pas toi qui as développé Word.
Ce n’est pas toi qui as inventé Internet.
Ce n’est pas toi qui as imprimé les caractères.
Ce n’est pas toi qui as créé la police d’écriture.
À partir de quel moment considère-t-on que quelque chose est réellement « fait par nous » ?
Depuis des centaines de milliers d’années, l’humanité progresse précisément parce qu’elle invente des outils.
Chaque génération construit des outils qui permettent à la suivante d’aller plus loin.
Nous ne considérons pas qu’un menuisier est moins talentueux parce qu’il utilise une scie électrique plutôt qu’une scie manuelle.
Nous admirons sa capacité à réaliser un travail de qualité.
L’outil fait partie de son savoir-faire.
Le meilleur dirigeant est rarement celui qui travaille seul
Prenons un autre exemple.
Imaginez une entreprise exceptionnelle.
Personne ne dirait :
« Cette entreprise ne réussit pas grâce à son dirigeant. Elle réussit uniquement parce qu’il est entouré de personnes compétentes. »
Bien sûr que son équipe participe au succès.
Mais choisir les bonnes personnes.
Créer les bonnes conditions.
Poser la bonne vision.
Prendre les bonnes décisions.
Tout cela fait précisément partie des compétences du dirigeant.
L’intelligence ne consiste pas uniquement à faire.
Elle consiste aussi à savoir s’entourer.
L’IA devient, d’une certaine manière, un nouvel assistant.
Et savoir travailler avec un bon assistant a toujours été une compétence.
Jamais une faiblesse.
L’histoire de l’humanité est l’histoire de nos assistants
On oublie souvent une chose.
L’être humain passe son temps à fabriquer des outils.
Probablement depuis des millions d’années.
Pourquoi ?
D’abord parce que nous sommes économes de nos efforts.
Nous cherchons naturellement à réduire les tâches pénibles, répétitives ou longues.
Ce n’est pas un défaut.
C’est même probablement l’un des moteurs de notre évolution.
Puis nous créons des outils pour aller plus vite.
Ensuite pour aller plus loin.
Enfin pour réaliser ce qui était auparavant impossible.
La roue.
Le marteau.
L’écriture.
Le papier.
L’imprimerie.
La machine à vapeur.
L’électricité.
L’ordinateur.
Internet.
Le smartphone.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle.
Chaque révolution a suscité les mêmes critiques.
« Ce n’est plus comme avant. »
« Ce n’est plus du vrai travail. »
« C’est trop facile. »
Et pourtant…
Personne ne souhaiterait revenir en arrière.
Ce qui devient rare n’est plus l’écriture
Pendant longtemps, savoir écrire était une compétence différenciante.
Aujourd’hui, produire du texte devient presque trivial.
Mais cela ne signifie pas que la valeur disparaît.
Elle se déplace.
La compétence devient :
- savoir penser clairement ;
- structurer ses idées ;
- poser les bonnes questions ;
- fournir le bon contexte ;
- vérifier les faits ;
- détecter les erreurs ;
- exercer son esprit critique ;
- prendre les décisions finales.
Autrement dit…
Les compétences humaines prennent encore plus d’importance.
Ce qui me dérange vraiment
Ce n’est pas la critique de l’intelligence artificielle.
La critique est saine.
Elle nous oblige à progresser.
Ce qui me dérange davantage, c’est la condescendance.
Cette petite phrase lancée avec un sourire :
« Oui… mais ça, c’est l’IA qui l’a fait. »
Comme si plusieurs heures de réflexion, de documentation, d’expérimentation, de corrections et de vérifications disparaissaient parce qu’un modèle de langage a aidé à rédiger les phrases.
Cette remarque ne juge pas l’outil.
Elle dévalorise la personne.
Elle sous-entend que son travail aurait moins de valeur.
Je crois exactement l’inverse.
Celui qui apprend à bien utiliser l’intelligence artificielle développe de nouvelles compétences.
Il apprend à mieux raisonner.
À mieux structurer.
À mieux communiquer.
À mieux vérifier.
À mieux collaborer avec une machine.
Ce ne sont pas des compétences en moins.
Ce sont des compétences en plus.
Je n’ai aucune honte à dire que j’utilise une IA
Oui.
J’utilise une intelligence artificielle.
Tous les jours.
Pour écrire.
Pour réfléchir.
Pour comparer.
Pour organiser mes idées.
Pour produire plus vite.
Pour produire mieux.
Mais chacune de mes publications contient aussi mon expérience.
Mes convictions.
Mes erreurs.
Mes doutes.
Mes lectures.
Mes années de terrain.
Mes exemples.
Mon regard.
Aucune intelligence artificielle ne possède cela.
Elle ne fait que m’aider à mieux l’exprimer.
Et je pense que nous devrions arrêter de nous excuser d’utiliser les meilleurs outils de notre époque.
Parce que ce n’est pas l’outil qui pense.
C’est toujours l’humain qui décide quoi construire avec lui.
Et c’est précisément cette capacité à choisir, à guider et à créer avec les bons outils qui a permis à notre espèce d’évoluer depuis toujours.
L’intelligence artificielle n’enlève rien à notre intelligence.
Elle révèle surtout notre capacité à collaborer avec une nouvelle forme d’outil.
Comme toutes les grandes inventions qui l’ont précédée.

























